Les domaines des télécommunications et de l’informatique ont connu au cours des dernières années des progrès spectaculaires. On peut désormais transporter dans sa poche un téléphone intelligent dont la puissance de traitement dépasse celle d’ordinateurs qui avaient, il y a quelques décennies, la taille de trois ou quatre gros réfrigérateurs. Ces appareils permettent, en tout temps et en tout lieu, de converser, de transmettre des messages, d’effectuer des transactions, d’utiliser des centaines de milliers d’applications. Les tablettes et les ordinateurs personnels ne sont pas en reste, offrant sans cesse plus de puissance et de possibilités. On peut désormais être branché en continu, naviguer sur la grande toile planétaire, accéder à des quantités phénoménales d’informations, transiger des biens et services, échanger via les réseaux sociaux.
Une existence virtuelle s’est rapidement développée, prenant même dans certains cas autant, sinon plus de place que la vie traditionnelle. Mais toutes ces activités, aussi virtuelles qu’elles nous semblent, laissent des traces bien concrètes et fort intéressantes pour certains. Les entreprises enregistrent les transactions effectuées, le lieu et la durée des appels, les sites internet visités, les émissions regardées, la musique écoutée ; grâce à la géolocalisation, elles peuvent connaître vos habitudes de déplacement, de magasinage, de sorties. Et tout ce que vous livrez sur les réseaux sociaux ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd ; vos « j’aime » sont d’un grand intérêt pour les services de marketing.
Au fil du temps et de vos activités, vous alimentez de gigantesques bases de données qui constituent désormais une véritable mine d’or. L’expression « big data » désigne ces quantités difficilement imaginables de renseignements sur les consommateurs et plus particulièrement les utilisateurs des nouvelles technologies. Il s’agit là d’une ressource de grande valeur pour les entreprises, qui en 2012 ont dépensé 28 milliards de $ pour les stocker et les analyser. Selon la firme Gartner, entre 2011 et 2016, 232 milliards de $ seront dépensés pour exploiter les big data.
Si les entreprises sont prêtes à dépenser autant d’argent pour recueillir et traiter des données, c’est fort probablement parce qu’elles prévoient en retirer des bénéfices encore plus importants. En pouvant connaître ce qu’une personne visite, achète, regarde, écoute, aime, il devient possible de recourir à un marketing finement ciblé qui peut s’avérer très efficace.
En tant que consommateurs, nous devons demeurer vigilants face aux offres de plus en plus fréquentes et « personnalisées » qui nous sont faites, prendre le temps d’y réfléchir et de bien les évaluer. À première vue, tel produit ou service peut sembler tout à fait pour nous ; mais est-il valable ? Que cherche-t-on réellement à nous vendre ? En a-t-on vraiment besoin ?
Et nous devrions peut-être aussi faire preuve de prudence quant aux traces que nous laissons, consciemment ou à notre insu, dans le monde virtuel. Est-il souhaitable que les grandes entreprises, qui mettent en œuvre des moyens considérables pour mieux nous connaître, en sachent autant à notre sujet ?










